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LA LETTRE DE PROSOM n° 3 - Décembre 1999

A l'intention de ceux et celles qui sont ou désirent devenir acteurs d'éducation pour la santé dans le domaine de la vigilance, du sommeil et des rythmes de vie

Editorial

Le passage à l'an 2000, que nous réserve-t-il ?

Est-ce que PROSOM va disparaître avec le bogue dont on nous rebat les oreilles ? En effet, si le bogue n'est pas maîtrisé, nous allons retourner en 1900, époque où PROSOM et l'Éducation pour la Santé était dans les limbes de la Médecine.

Trêve de plaisanteries ! L'Assemblée Générale de PROSOM qui s'est tenue à Grenoble au cours du congrès de la Société Française de Recherche sur le Sommeil (SFRS) a démontré la réalité et la solidité de notre association (session Sommeil et Santé Publique, stand PROSOM très visité). Un grand merci à l'organisateur du congrès et à la SFRS dont nous sommes devenus le partenaire pour le développement de l'éducation pour la santé. Avec son accord, une page de présentation de PROSOM est parue dans le dernier numéro de Sommeil & Vigilance, le bulletin de la SFRS.

Pour ce troisième numéro, nous abordons le sommeil de l'adolescent, tranche d'âge dont on parle beaucoup pour d'autres raisons. Cette période de la vie, passage de l'enfance à l'âge adulte autour de la puberté, était, jusqu'à un passé récent, très courte du fait de l'insertion rapide dans le monde du travail adulte. Actuellement, nous constatons un allongement de cette période charnière du fait de l'autonomie sociale de plus en plus tardive. Les modifications du sommeil se prolongent jusqu'à 25 ans.

A coté des rubriques habituelles, nous présentons le Comité Français d'Éducation pour la Santé (CFES) dont PROSOM est un partenaire privilégié.

Bonnes fêtes à toutes et à tous et tous nos vœux les meilleurs pour cette nouvelle année dont on parle tant.

Dr Jean-Louis VALATX
Président de PROSOM

Le point scientifique

Vigilance et Sommeil chez l'adolescent

A. Présentation générale

L'adolescence est une période de grandes transformations, sexuelles, somatiques, physiques. Elle est aussi une période de mutation sociale durant laquelle l'adolescent subit des pressions de tous types, familiales, sociales, et des stress scolaires, émotifs. C'est également au cours des différents stades pubertaires que le sommeil va progressivement se modifier.

Des différences entre pré-adolescents et adolescents.

Le sommeil de l'adolescent s'analyse par comparaison avec celui du pré-adolescent. Entre 6 et 10 ans, celui-ci a un sommeil nocturne de très bonne qualité, riche en sommeil lent profond, notamment dans la première partie de nuit, avec un retard important de la première phase de sommeil paradoxal qui apparaît près de trois heures après l'endormissement alors qu'elle survient chez l'adulte entre 60 et 90 minutes. De plus, l'enfant prépubère est généralement hypervigilant dans la journée et ne fait jamais la sieste.

Entre 10 et 16 ans, on constate en revanche une transformation progressive du sommeil. Ainsi, si l'on compare les enregistrements polygraphiques du sommeil de pré-adolescents et d'adolescents, on constate chez ces derniers une diminution importante du sommeil lent profond, en particulier du stade 4 qui diminue de 40 % , une augmentation du sommeil lent léger et une diminution de la latence de la première phase de sommeil paradoxal puisque, comme chez l'adulte, elle apparaît environ 70 à 90 mn après l'endormissement. Les études de Carskadon ont montré entre autres que les pré-adolescents ne s'endormaient que très rarement dans la journée et toujours après des temps de latence d'au moins 18 mn. En revanche, à partir de l'age de 13 ans, l'étude souligne une somnolence diurne anormale puisque l'adolescent s'endort souvent en moins de 10 mn. Il existe donc au cours de l'adolescence des besoins de sommeil plus importants que chez le pré-adolescent, une " hypersomnie physiologique " très souvent aggravée lors des jours scolaires par une privation de sommeil de l'adolescent qui perd en moyenne deux heures entre 10 et 20 ans. Certes, les pressions de toutes natures interviennent dans les modifications progressives des habitudes de sommeil de l'adolescent qui ne veut plus se coucher tôt mais tard comme ses copains, se couche et se lève très tard les jours où il n'a pas cours. Carskadon a montré que cette tendance naturelle au retard de phase chez l'adolescent avait probablement aussi une composante biologique lié à la puberté. A noter qu'il existe très peu de différence concernant le sommeil selon le sexe, mais que les filles sont plus nombreuses à se plaindre d'un mauvais sommeil que les garçons.

Un retard de phase caractéristique.

Le retard de phase caractéristique du sommeil de l'adolescent est accentué par son propre rythme de vie : alors qu'il se couche tard, que ce soit pour étudier, se démarquer de sa famille ou parce qu'il ne conçoit pas de se coucher tôt, il doit se lever tôt en semaine, notamment s'il a un temps de transport important. Son temps de sommeil ainsi diminué, il se trouve en état de privation de sommeil. Les études de M. Carskadon aux États-Unis ont montré qu'il existait en moyenne une différence de 40 mn entre le temps de sommeil en semaine et celui des week-ends chez les adolescents à partir de 13 ans. L'étude de Patois, Valatx et Alpérovitch portant sur 13000 garçons et 14700 filles de 15 à 20 ans rapporte que 24% d'entre eux dorment pratiquement 3 heures en moins en période scolaire.

Les jours où il n'a pas cours, l'adolescent " récupère ". Cet allongement du temps de sommeil pendant les week-ends et les vacances se caractérise par des couchers et levers tardifs, souvent accompagnés d'une sieste : l'irrégularité des horaires de lever et de coucher des périodes scolaires et non scolaires accentue le retard de phase et la privation de sommeil durant la semaine. Cet état de manque de sommeil a bien entendu des conséquences sur la vie scolaire et sociale de l'adolescent, ainsi que sur la consommation de psychostimulants (cigarettes, alcool, drogues) et de somnifères : selon l'étude de Patois, Valatx et Alpérovitch, 10% des adolescents consomment des somnifères au moins une fois par semaine, c'est à dire de façon chronique. Or, dans la plupart des cas cette prise de somnifères n'est pas adéquate pour traiter les troubles de l'endormissement de l'adolescent.

La chronothérapie implique une forte motivation.

Si le retard de phase n'est pas voulu, c'est à dire associé à une phobie scolaire, s'il n'est pas associé à des difficultés psychologiques, à une dépression ou à une anxiété anormale, une chronothérapie suffit à " remettre les pendules à l'heure " à condition que l'adolescent soit fortement motivé et soutenu par sa famille. *

Des troubles du sommeil occasionnels chez près de 40% des adolescents **

La fréquence et la nature des troubles du sommeil varient en fonction de l'àge. Généralement, les parasomnies, terreurs nocturnes, somnambulisme et énurésie ont pratiquement disparu à l'adolescence, notamment parce que le sommeil est devenu plus léger. Aussi leur persistance doit-elle conduire à rechercher une perturbation psychologique, des difficultés relationnelles, ou même une cause médicale, alors que les parasomnies, fréquentes chez les 10 12 ans, sont directement favorisées par l'organisation du sommeil . Les difficultés de sommeil chez l'adolescent ont à peu près les mêmes causes que chez l'adulte puisque son sommeil devient peu à peu identique à celui de l'adulte : il devient facilement réveillable, s'endort moins facilement dans la mesure où le sommeil lent profond est moins important. L'adolescence est donc l'âge où apparaissent les troubles chroniques du sommeil : les hypersomnies avec, en particulier, la narcolepsie, les insomnies psychophysiologiques ou plus rarement idiopathiques.

Les troubles du sommeil de l'adolescent ne devront donc jamais être négligées puisqu'ils vont faire le lit de la plupart des insomnies chroniques de l'adulte : un retard de phase peut par exemple conduire à une insomnie psychophysiologique. Ils devront toujours faire rechercher un syndrome dépressif puisqu'une insomnie ou une hypersomnie se retrouvent respectivement dans environ 75 % et 25% des cas de dépression chez l'enfant et l'adolescent.

On sait que certaines insomnies idiopathiques, pas très fréquentes chez l'adulte, débutent dans l'enfance. Dans ce cas, un somnifère sera justifié, mais ailleurs, il ne l'est pas. Même des problèmes de sommeil très importants et une réelle difficulté à s'adapter au rythme jour-nuit trouvent une solution relativement facile si l'adolescent accepte des conseils d'hygiène de vie, en particulier une chronothérapie. Certaines insomnies chroniques pourraient être évitées si l'on n'entrait pas dans le cercle vicieux des somnifères, et l'adolescent dans celui des psychostimulants dans la journée - tabac, café, alcool, drogue parfois - qui modifient le sommeil nocturne et aggravent les troubles et les difficulté.

Dr MJ Challamel
INSERM U628

*Pour en savoir plus sur la chronothérapie, adressez vous à Prosom, qui vous enverra l'article intégral de MJ Challamel.
**Enquête de Patois E, Valatx JL, Alpérovitch
Prévalence des troubles du sommeil et de la vigilance chez les lycéens de l'Académie de Lyon. Rev Epidémiol Santé Publique 1993

B. Deux enquêtes sur le sommeil des adolescents

A partir de deux enquêtes, il est possible de mettre en évidence des caractéristiques de sommeil chez l'adolescent.

1- Enquête sur le Sommeil des lycéens de 15 à 20 ans de l'académie de Lyon (JL Valatx, E.Patois, A.Alpérovitch, APBG, 1993.)

La durée du sommeil en vacances, considérée comme étant celle correspondant aux besoins physiologiques, est de 9h30 à 15 ans et de 8h 40 à 20 ans.

Pour 69,6 % des garçons et 76,5 % des filles, la durée du sommeil en semaine est inférieure de 1 à 5 heures à ce qu'elle est pendant les vacances. Conséquences : 77 % des garçons et 88 % des filles ont envie de dormir dans la matinée.

Le décalage du rythme veille-sommeil est flagrant en fin de semaine et pendant les vacances. La semaine, moins de 3% des garçons et 1% des filles se couchent après minuit ; pendant les vacances, les pourcentages sont de 35,1 % chez les garçons et 30,9 % chez les filles.

15 % des lycéens (garçons 13 %, filles 17 %) estiment en période scolaire " dormir plutôt mal " ; en vacances, ils ne sont plus que 7,6 % et 7,8 %.

Les mauvais dormeurs se couchent plus tard, et dorment en général moins de 7 heures. Ils ont des difficultés à s'endormir (délai d'endormissement supérieur à 30 minutes). Leur sommeil est haché par des réveils et des cauchemars fréquents. Ces troubles du sommeil entraînent une prise plus fréquente de somnifères.

Le mauvais sommeil est aussi fréquent chez les lycéens que chez les adultes, et semble avoir pour origine des perturbations de l'éveil plutôt qu'un trouble vrai du sommeil. Des actions d'éducation et de prévention pourront être proposées pour diminuer les conséquences néfastes sur la scolarité.

2- Enquête sur le sommeil et la somnolence dans le département du Tarn (Dr Eric Mullens, Laboratoire du sommeil - fondation Bon Sauveur d'Alby, CPAM Tarn, Lycée professionnel Anne Veaute, Castres —1994)

Les résultats de cette enquête mettent en évidence que chez les jeunes de 12-19 ans

  • 35 % se plaignent de troubles du sommeil,
  • 9 % pensent mal dormir,
  • 26 % pensent ne pas dormir suffisamment,
  • 25% mettent plus de 30 minutes pour s'endormir
  • 5,5 % se réveillent 3 fois et plus au cours de leur sommeil
  • 3 % prennent quelquefois des médicaments pour dormir
  • 20,5 % ont le sommeil dérangé par le bruit :
  • 14% par des bruits dans le logement
  • 8% par des bruits extérieurs au logement
  • 26 % ne sont pas en forme au réveil
  • 22 % se réveillent de mauvaise humeur
  • 33,5 % se réveillent fatigués
  • 21 % s'endorment souvent en classe
  • 8 % boivent du café après 17 heures et 10 % fument

Pour plus d'informations sur les études et actions menées dans ce département, on peut consulter sur internet le serveur du Dr Eric Mullens : http://www.svs81.org

STAGES PROSOM

En plus des stages 1er niveau (mars 2000) et 2ème niveau (octobre 2000), un stage

" Dépistage et prévention des troubles de la vigilance et du sommeil chez l'adolescent "

est organisé à Lyon, les 4, 5, 6, avril 2000.

Ce stage s'adresse à tous ceux qui ont des responsabilités médicales, sociales, éducatives auprès de pré-adolescents et d'adolescents.

A LIRE

pour en savoir plus sur l'adolescent, à partir de : Repères — Adolescences en devenir — CRAES Lyon 1999) :

  • ALVIN P., MICHAUD P-A. (sous la dir.), La santé des adolescents : approches, soins, prévention. Paris : Doin 1997
  • ARENES J., BAUDIER F., JANVRIN M-P., Baromètre santé jeunes. Vanves : CFES, 1998.
  • BRACONNIER A. (sous la dir.), Du souci au soin : adolescents, adolescentes. Paris : Bayard /Fondation de France, 1997.
  • CENTRE DE FORMATION DES JOURNALISTES DE PARIS, La déprime (VHS couleur, 24 mn) Paris : Fondation de France, 1995.
  • JEAMMET P. (sous la dir.), Adolescences. Paris : Syros /Fondation de France, 1997.
  • LESOURD S. ( sous la dir.), Mouvements d'adolescence, La lettre du GRAPE, N°29, septembre 1999

AU FIL DES CONGRES

Le Congrès 1999 " Médecine du sommeil et de la vigilance " a eu lieu à Grenoble du 23 au 26 novembre, organisé conjointement par la Société de Neurophysiologie Clinique de langue française, la Société Française de Recherche sur le Sommeil, le groupe sommeil de la Société de pneumologie de Langue française.

En plus des communications scientifiques de très grand intérêt, l'ouverture à la dimension santé publique a été particulièrement marquée.

La matinée Santé publique a été introduite par le Professeur de Paillerets, président du Comité français d'Education pour la Santé et a comporté les communications suivantes : Relations entre somnolence, pathologies déclarées et absentéisme - Insomnie du sujet âgé : épidémiologie, clinique et prise en charge - Les coûts directs de l'insomnie en France — Le sommeil de l'enfant de 6 mois à 36 mois : enquête à Lyon, Saint-Etienne et Barcelone — Sommeil et vigilance : priorités en éducation pour la Santé. Par ailleurs, un symposium était axé sur " Comportement au volant : importance de la vigilance "

A l'occasion de ce Congrès, s'est tenue l'Assemblée Générale de Prosom qui a permis de faire le point sur les activités passées ( exercice 1998 ) et à venir. De plus, Prosom a présenté un stand, facilitant ainsi de nombreuses rencontres et constructions de projets.

Le prochain Congrès de la SFRS aura lieu à Montpellier, les 8 - 9 - 10 novembre 2000.

LES PARTENAIRES DE PROSOM

Le Comité Français d'Éducation pour la Santé

2 rue Auguste Comte BP 51 — 92174 Vanves cedex

Le Comité Français d'Education pour la Santé est une institution de santé publique placée sous la tutelle du ministre chargé de la Santé. Sa mission est d'aider la population à choisir des modes de vie et des comportements qui préservent et améliorent la santé.

Pour atteindre cet objectif, le CFES intervient en menant à bien des programmes de communication d'envergure nationale évalués chaque année, en diffusant de nombreux documents de prévention et en fournissant aux professionnels un appui sur le contenu, la méthodologie et l'évaluation de leurs actions.

Le CFES publie en outre, chaque année, des études sur les comportements de la population en matière de santé.

Au cœur de toutes ces interventions se trouvent bien sur les principaux thèmes de santé publique.

Il existe 118 Comités départementaux et régionaux d'éducation pour la santé qui, au plus près du terrain, dans les écoles, les quartiers et les entreprises, mènent avec une méthodologie rigoureuse, des actions d'éducation pour la santé.

Certains de ces Comités (ADESS ou CODES) comptent le Sommeil parmi les thèmes habituellement traités, et peuvent constituer des partenaires privilégiés au niveau départemental pour ceux qui souhaitent mettre en place des actions de santé publique sur " Sommeil, vigilance, et rythmes de vie ".

Site Internet du CFES (à partir du 1° février 2000) : www.cfes.sante.fr

Pour des renseignements complémentaires

Consultez le serveur internet
http://sommeil.univ-lyon1.fr/PROSOM/index.html
contactez Dr Françoise Delormas
Tel : 04.76.42.47.09 - Fax : 04.76.42.32.87